Près d’un tiers des salariés affichent un mauvais score en matière de santé mentale, selon le ministère du Travail. Le Dr Paul Clément, médecin généraliste au Centre du burn out, nous alerte sur ces travailleurs « à bout, épuisés, prêts à craquer », une situation aggravée par des conditions de travail dégradées : surcharge, conflits hiérarchiques, harcèlement…
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Un problème systémique mal identifié
Ce n’est pas seulement un mal individuel, mais un mal institutionnel. Malformés, les managers minimisent trop souvent la souffrance psychologique, la réduisant à une “faiblesse personnelle”, alors qu’elle émane souvent d’un environnement toxique. de plus, nombreux sont les médecins, généralistes ou psychiatres, qui ignorent les troubles liés au travail ou refusent d’en assumer la responsabilité par crainte de poursuites . Cette méconnaissance conduit même à des sanctions : certains praticiens voient leur qualification remise en cause lorsqu’ils relient clairement la maladie à l’emploi.
Reconnaissance et indemnisation : un parcours épuisant
Le vrai combat commence après le premier arrêt de travail. Le lien entre travail et souffrance psychique doit être démontré au fil d’une enquête – lourde pour la victime –, puisque ces pathologies sont considérées comme “hors tableau” et ne bénéficient pas de reconnaissance automatique. Malgré les recommandations des médecins, peu entament la procédure faute de savoir-faire ou de soutien. Les employeurs adoptent souvent une attitude de déni ou de défense, contestant systématiquement la responsabilité du poste. Résultat : sur environ 30 000 arrêts de travails psychiques reconnus, seules 2 000 sont dues à des maladies professionnelles comme le burn out.
Un cadre juridique mal appliqué
Depuis ces dernières années, la France a fait évoluer son dispositif. Les Loi Rebsamen (2016) et loi Santé au travail (2021) visaient à renforcer la prévention et à élargir la reconnaissance des pathologies psychiques comme d’origine professionnelle. Toutefois, la mise en œuvre reste trop faible : les médecins du travail manquent de ressources, la formation est insuffisante, et les dispositifs ne sont pas appliqués. Les procédures échouent dans près de 50 % des cas, les victimes devant engager des recours judiciaires (prud’hommes) souvent longs et coûteux, tant financièrement que psychologiquement .
Les obstacles à franchir
Les victimes doivent se battre sur plusieurs fronts :
- Reconnaissance médicale : faire accepter le lien travail-maladie par un médecin souvent hésitant.
- Montée du dossier : réunir preuves, témoignages et documentation durant une phase où la victime est la plus vulnérable.
- Contestation de l’employeur : se préparer à un refus systématique du secteur professionnel.
- Procédures juridiques longues : s’armer d’un avocat et tenir sur la durée pour espérer une indemnisation post-factum.
Vers une prise en charge réellement protectrice
Il est essentiel d’agir à plusieurs niveaux. Il faut former les médecins généralistes pour qu’ils repèrent et déclarent plus facilement les pathologies psychiques liées au travail. Renforcer les ressources de la médecine du travail et aussi essentiel pour qu’elle joue pleinement ses rôles de prévention, diagnostic et accompagnement. De plus,éclairer les salariés sur leurs droits, les démarches possibles et la jurisprudence, leur permettrait d’être en capacité d’agir efficacement. Enfin, réformer le dispositif en élargissant les tableaux de maladie professionnelle et en supprimant la charge de preuve pour les pathologies psychiques serait une avancée majeure, mais bloquée actuellement par les représentants patronaux.
Le burn-out et les troubles psychiques au travail ne sont pas uniquement un problème individuel, mais le symptôme d’un système qui n’est pas prêt à les affronter. Les lois existent, mais elles demeurent lettre morte sans mise en pratique : médecins trop peu formés, employeurs dans le déni, victimes isolées. Si l’on veut que la santé mentale au travail devienne une réalité protégée, il faudra relever l’un des plus grands défis institutionnels de notre époque : réformer les pratiques, renforcer les compétences, informer les victimes, et surtout faire en sorte que le droit ne reste pas un simple idéal.


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